Hamamelis virginiana L. (Hamamélis de Virginie)

Noms français

Hamamélis de Virginie, café du diable, hamamélide de Virginie. Le h initial des mots « hamamélis » et « hamamélide » est muet. L'hamamélis de Virginie est aussi appelé « aune moucheté » et « noisetier de sorcière » dans certains ouvrages, mais il s'agit de calques de l'anglais aujourd'hui inusités.

Noms anglais

Witch hazel (witch-hazel, witchhazel), Virginian witch hazel, common witch hazel. Plusieurs autres noms sont utilisés, mais la plupart conviennent davantage à d'autres plantes : hazel nut, snapping hazel, spotted alder, striped alder, tobacco wood, winter bloom.

Morphologie

Petit arbre ou arbuste à tiges multiples, à feuilles décidues, haut de 1 à 5 m (très rarement jusqu'à 10 m), à écorce glabre, brune, mince et écailleuse et à branches nombreuses, longues, souples et ramifiées changeant de direction au niveau des noeuds. Selon certains, cette configuration en zigzag sert à étaler le feuillage et à capter le maximum de lumière malgré l'ombre des arbres plus grands. Les feuilles, qui ressemblent à celles des noisetiers (Corylus spp.), mesurent 5 à 15 cm de longueur et ont un bord ondulé ou festonné et une base asymétrique. La plante se multiplie en partie par drageonnement, mais surtout par la graine. Le système racinaire est souvent peu profond. Chez les sujets les mieux développés, le diamètre du tronc peut atteindre 10 cm, ou même dans de rares cas 30 cm. Les plus gros sujets se rencontrent dans le sud de l'aire de répartition.

L'hamamélis a la propriété particulière de fleurir tard en automne, souvent après les premières gelées. Les fleurs sont parfumées, jaunes, réunies en petits groupes axillaires. Elles s'ouvrent pendant le jaunissement des feuilles et persistent après leur chute. C'est le seul arbre forestier d'Amérique du Nord dont les branches peuvent porter en même temps des fruits mûrs, des fleurs et des bourgeons à bois prêts pour l'année suivante. Les fleurs possèdent quatre pétales tordus, en forme de lanières, longs de 1,5 à 2 cm, qui s'enroulent comme pour protéger la fleur lorsqu'il y a baisse de température et se déroulent lorsque la température remonte et que les insectes peuvent reprendre la pollinisation. Les fleurs résistent souvent à plusieurs gelées. L'hamamélis de Virginie produit une très belle floraison, d'autant plus voyante que la plupart des arbres ont déjà perdu leurs feuilles ou sont en train de les perdre.

Dans le nord de son aire, l'hamamélis fleurit entre le mois d'octobre et le début décembre, alors que pratiquement toutes les autres espèces ont fini de fleurir ou ont depuis longtemps terminé leur stade de floraison maximale. Dans le sud, la floraison peut se poursuivre jusqu'en mars. Les fruits, qui mûrissent l'été suivant, sont des capsules ligneuses, brunes, pubescentes, longues de 1 à 1,5 cm, surmontées de deux pointes et réunies en paires. Les graines, généralement deux par capsule, sont noires et luisantes à l'extérieur et blanches, huileuses et farineuses à l'intérieur. Elles sont petites, mais comestibles comme celles des noisetiers (Corylus spp.), qui appartiennent à une famille voisine.

Classification et répartition

Le genre Hamamelis comprend une demi-douzaine d'espèces, toutes des arbustes ou de petits arbres, à feuilles décidues. L'H. virginiana est présent depuis le Minnesota, le nord du Michigan, le sud de l'Ontario, le sud du Québec, le Nouveau-Brunswick et le sud de la Nouvelle-Écosse jusqu'au Texas et au centre de la Floride. Dans ce vaste territoire, plusieurs variétés ont été décrites à partir de caractères des feuilles, mais leur valeur taxonomique reste à vérifier.

Dans la partie nord de l'aire, les feuilles sont relativement grandes, les fleurs sont jaune vif, et la plante ne dépasse généralement pas la taille d'un arbuste. En Caroline du Sud, en Géorgie et en Floride, les feuilles sont généralement plus petites, les pétales sont d'un jaune sensiblement plus pâle, et la plante peut atteindre la taille d'un petit arbre (ce type correspond à la variété parvifolia Nutt.).

La seule autre espèce nord-américaine d'hamamélis, l'H. vernalis Sarg., pousse dans le sud-est du Missouri, en Arkansas et dans le sud-est de l'Oklahoma. Dans le plateau des Ozarks, où les deux espèces sont présentes, les pétales de l'H. virginiana sont souvent rougeâtres à la base, ce qui semble indiquer qu'il y a eu hybridation avec l'H. vernalis.

La répartition du genre Hamamelis présente des disjonctions fort intéressantes sur le plan biogéographique. On observe d'abord des disjonctions entre l'est de l'Asie et l'est de l'Amérique du Nord, analogues à celles observées chez les Panax (ginsengs). Ces disjonctions auraient pour origine l'ancienne forêt décidue qui ceinturait entièrement l'hémisphère nord durant l'ère Tertiaire, il y a 15 à 20 millions d'années. D'autre part, on observe une disjonction entre la partie tempérée de l'est de l'Amérique du Nord et les régions tempérées de haute altitude du Mexique. Cette disjonction serait issue d'une continuité de végétation plus récente, remontant au Pléistocène.

Carte de répartition

La description de l'image suit.

L'Hamamelis virginiana est présent depuis le Minnesota, le nord du Michigan, le sud de l'Ontario, le sud du Québec, le Nouveau-Brunswick et le sud de la Nouvelle-Écosse jusqu'au Texas et au centre de la Floride

Écologie

L'hamamélis de Virginie pousse dans les forêts décidues sèches à mésiques, généralement parmi d'autres feuillus. Dans la partie centrale de son aire, il arrive que l'espèce occupe entièrement le sous-étage des forêts anciennes ou de seconde venue. Dans la partie nord de l'aire, l'espèce pousse souvent en petites colonies éparpillées.

L'hamamélis de Virginie tolère bien l'ombre et pousse bien en sous-étage, préférant les sols profonds et riches. Cependant, comme les autres espèces tolérantes, l'hamamélis peut profiter d'un apport supplémentaire de lumière : ainsi, dans une chênaie du centre de la Pennsylvanie, on a observé que l'espèce réagit aux ouvertures qui se forment dans le couvert forestier en augmentant son taux de reproduction sexuée et végétative. L'espèce se rencontre dans les collines, dans les terrains caillouteux, sur les versants rocheux, sur le bord des cours d'eau et des bois ainsi que le long des ravins et des sentiers.

Dans les parties ouest et sud de son aire, l'hamamélis de Virginie pousse principalement dans les vallées et plaines fraîches et humides ainsi que le long des pentes, anses, terrasses et ravins exposées au nord ou à l'est. Dans la partie nord de l'aire, l'espèce se rencontre dans des milieux plus chauds et plus secs, notamment au sommet des collines et le long des versants. L'espèce semble tolérer également les substrats acides et alcalins, mais elle préfère au Canada les sols sableux légèrement acides.

Les staminodes (étamines stériles) des fleurs secrètent de petites quantités de nectar, qui attirent les insectes pollinisateurs. Comme la floraison a lieu tard en automne, le froid limite souvent la présence de ces insectes. Cependant, la plante ne dépend pas d'eux pour sa reproduction, puisque certaines expériences ont montré qu'elle peut s'auto-polliniser efficacement. Lorsque le temps est doux, toute une gamme d'insectes peuvent assurer une pollinisation croisée, et l'hamamélis est une des rares plantes forestières à procurer une nourriture aux insectes nectarivores vers la fin de l'automne et au début de l'hiver. De toute évidence, les fleurs présentent des adaptations qui leur permettent d'être pollinisées par des insectes très divers. Comme le pollen et les ovules passent l'hiver en état de dormance, la fécondation proprement dite n'a lieu qu'au printemps.

Les graines mûres dont dispersées vers la fin de l'automne, pendant la floraison suivante. Grâce à un mécanisme associé à la déhiscence de la capsule, les graines sont éjectées à une distance pouvant atteindre 10 m (pas plus de 5 m dans la plupart des cas, mais une distance de 15 m a déjà été mentionnée). L'éjection est accompagnée d'un claquement audible.

Il semble que les oiseaux participent peu à dispersion des graines, mais les mammifères se nourrissant de celles-ci jouent un rôle plus important (voir Usages non médicinaux). La graine germe au cours de la deuxième année suivant son éjection. Selon une étude réalisée au Michigan, la production de graines est irrégulière, les années d'abondance étant associées au rassasiement de certains coléoptères se nourrissant exclusivement de graines d'hamamélis.

Usages médicinaux

L'hamamélis de Virginie est l'une des plantes médicinales les plus utilisées et les plus recherchées depuis des siècles. Les cataplasmes et les infusions préparés à partir des feuilles et (le plus souvent) de l'écorce ont longtemps été utilisés pour traiter les plaies et les saignements, y compris tous les types d'abrasions, de même que les saignements menstruels et hémorroïdaux. Les connaissances au sujet des propriétés médicinales de cette plante ont d'abord été acquises par les Amérindiens, puis par les colons et enfin par les Européens.

Au début, l'hamamélis était utilisé pour traiter les tumeurs et les inflammations, en particulier de l'oeil, et comme liniment. Les extraits d'hamamélis étaient également ingérés pour traiter la diarrhée. La plupart de ces indications ont encore cours aujourd'hui.

Vers le milieu du 19e siècle, un produit obtenu par distillation à la vapeur de rameaux dormants et additionné d'alcool, auquel on avait donné le nom « eau d'hamamélis » a connu une très grande popularité. Il devait être appliqué sur la peau pour traiter toute une gamme d'affections cutanées et est toujours vendu aujourd'hui. Les extraits à base d'alcool sont très utilisés de nos jours en Europe pour traiter les varices, et l'efficacité de ces extraits comme vasoconstricteurs a été bien démontrée.

Aujourd'hui, les usages médicinaux de l'hamamélis englobent le traitement des inflammations des gencives et des muqueuses de la bouche, mais il est surtout employé dans l'élaboration de lotions lénitives pour la peau. L'hamamélis entre dans la composition d'eaux de toilette, de lotions après-rasage, de bains de bouche, de cosmétiques et autres produits pour la peau et d'onguents pour soulager les coups de soleil, les gerçures et les piqûres d'insectes. L'hamamélis était utilisé comme lotion après rasage, bien avant l'arrivée des marques comme « Obsession », « Passion » et « Old Spice ».

Il semble qu'il aurait une certaine utilité dans le traitement des rides et du vieillissement de la peau, application qui laisse entrevoir un potentiel commercial considérable. Comme l'ensemble des plantes médicinales, l'hamamélis est beaucoup plus utilisé en Europe qu'en Amérique du Nord. Néanmoins, plus d'une douzaine de préparations contenant cette plante sont vendues au Canada. Après une absence de 85 ans, l'hamamélis a récemment repris sa place dans la pharmacopée américaine (USP XXIII 1995 : 1637).

Le noisetier commun (Corylus avellana) est rarement utilisé pour adultérer l'hamamélis, et certains prétendent parfois que les deux espèces ont des propriétés médicinales analogues.

Toxicité

On trouve souvent dans les magasins d'aliments naturels des préparations d'herboristerie à base d'hamamélis qui sont prises sous forme d'infusion amère. Il est recommandé de faire preuve de prudence lorsqu'on ingère ces produits, car la plante contient de petites quantités de produits chimiques toxiques (comme l'acide eugénique, l'acétaldéhyde et le safrol, qui a des propriétés cancérigènes), et une dose aussi faible qu'un gramme peut causer des nausées, des vomissements et de la constipation. Dans certains rares cas, l'ingestion d'hamamélis peut causer des lésions hépatiques.

L'usage externe n'est pas non plus dépourvu de danger, car une teinture concentrée peut être suffisamment astringente pour abîmer la peau, et des cas de dermatite de contact ont déjà été observés chez des personnes sensibles. En dépit d'une certaine toxicité potentielle et des doutes exprimés par certains quant à ses vertus médicinales, l'hamamélis est une plante qui jouit depuis longtemps d'une grande popularité.

Composition chimique

Les vertus médicinales de l'hamamélis semblent surtout attribuables à ses propriétés astringentes qui seraient surtout liées à la forte teneur en tannin de la plante. Les feuilles peuvent contenir jusqu'à 10% de tannin alors que l'écorce en renferme jusqu'à 3%. Les tannins sont astringents parce qu'ils fixent les protéines et, bien que cela ait pour effet de dénaturer les protéines, l'astringence permet de guérir la peau lésée ou irritée en créant une couche protectrice ou en resserrant les tissus blessés qui sont exposés.

Les nombreux produits d'hygiène personnelle à base d'hamamélis qui sont appliqués sur la peau devraient leurs vertus aux qualités styptiques prononcées de la plante. Il semble qu'elle renferme non seulement des tannins mais encore d'autres astringents et que les flavonoïdes auraient également des propriétés thérapeutiques. L'eau d'hamamélis est préparée par extraction à la vapeur (on ajoute de l'alcool par la suite) et l'extrait contient très peu de tannin mais est toujours considéré comme astringent (les propriétés astringentes de l'eau d'hamamélis ont été attribuées tout simplement à sa teneur en alcool).

Usages non médicinaux

La description de l'image suit.
Hamamelis virginiana
(hamamélis de Virginie)

Il existe plusieurs variétés horticoles d'hamamélis de Virginie, mais les hybrides d'espèces asiatiques sont plus populaires comme plantes ornementales. Contrairement à l'H. virginiana du nord-est des États-Unis et du sud-est du Canada, les hamamélis asiatiques et l'H. vernalis originaire des Ozarks fleurissent vers la fin de l'hiver (février ou mars). De plus, ces espèces ont un feuillage automnal rouge ou orangé, plutôt que jaune, et sont pour cette raison davantage cultivées que la seule espèce indigène du Canada.

La plante peut être multipliée par la semence ou par bouturage, mais les graines restent en dormance un certain temps, et les boutures doivent demeurer quelques mois sous brumisation. On multiplie les cultivars ornementaux en les greffant sur des semis de variétés porte-greffes. Le drageonnage est une autre méthode de multiplication, potentiellement intéressante pour les espèces ayant une forte tendance à drageonner, comme l'H. vernalis, et pour certaines races d'H. virginiana qui drageonnent plus que les autres.

On mentionne que plusieurs espèces d'animaux consomment les fruits de l'hamamélis, dont la gélinotte huppée, le colin de Virginie, le faisan à collier, le cerf de Virginie, le castor, le lapin à queue blanche et l'ours noir.

Culture et potentiel commercial

Une petite quantité d'hamamélis est cultivée en Europe, mais la plus grande partie de l'approvisionnement mondial vient de l'exploitation de populations sauvages de l'est des États-Unis. La solution aqueuse d'hamamélis est produite à partir de rameaux cueillis en automne, en hiver et au début du printemps, principalement au Connecticut. Les cosmétiques sont fabriqués à partir de feuilles et d'écorce d'hamamélis prélevées en été et au début de l'automne dans le sud des Appalaches. La plante fait d'ailleurs l'objet d'une industrie appréciable.

Certaines années, la production de solution aqueuse atteint plus d'un million de gallons. Étant donné la popularité croissante des plantes médicinales, il est peu probable que l'hamamélis tombe en désuétude. Or, pour obtenir une production plus efficace, il faudra étudier de manière plus approfondie les variations de composition chimique de la plante et l'incidence des facteurs écologiques à cet égard. Comme on s'efforce de plus en plus à protéger les plantes sauvages contre la surexploitation, la culture de la plante semble très prometteuse.

Mythes, légendes et anecdotes

  • Le nom Hamamelis signifie « petite pomme ». Il était employé par Hippocrate pour désigner le néflier (Mespilus germanica L.), petit arbre d'Eurasie de la famille des rosacées, dont le fruit ressemble à une pommette et est employé pour faire des gelées.
  • Le nom anglais « witch hazel » proviendrait d'un ancien mot anglais signifiant « branche flexible », trait caractéristique de la plante. Cependant, comme ce nom semble plutôt signifier « noisetier de sorcière » pour la plupart des gens, on en est venu à associer la plante à la sorcellerie. Selon une analyse historique, le nom « witch hazel » a d'abord été appliqué en Angleterre aux ormes dont les branches flexibles en forme de Y étaient utilisées comme baguettes divinatoires, et le nom a été transféré en Amérique du Nord à l'Hamamelis virginiana, dont les branches sont semblables. Ces baguettes étaient utilisées pour chercher de l'eau ou des minerais, notamment par les charlatans (voici la technique recommandée : trouver une branche fourchue dont les pointes sont orientées vers le nord et le sud, faire tourner ces deux pointes entre le pouce et les autres doigts de chaque main, pointer la base du Y vers le sol, et chercher un lieu oû cette base sera attirée par l'eau, les minéraux, ou même l'or). Au Canada français, les sourciers employaient plutôt à cette fin la branche de « coudrier », c'est-à-dire de noisetier à long bec (Corylus cornuta Marsh.)
  • Les indiens Menomini (dont le territoire comprenait autrefois le nord du Wisconsin et la partie adjacente du Michigan, arrosés par la rivière Menominee) employaient les graines d'hamamélis comme perles sacrées pour certains rites médicinaux.
  • Le plus grand hamamélis de Virginie, mesurant 10,6 m de hauteur et 0,4 m de diamètre de tronc, a été découvert à Bedford, en Virginie, en 1994.

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