Chamerion angustifolium L. (Épilobe à feuilles étroites)

Le nom de genre Chamerion vient du grec où chamai signifie nain et nerion signifie laurier rose; tel que son nom l'indique, l'épilobe à feuilles étroites a des feuilles étroites comme le laurier rose, qui est un arbuste ornemental. Angustifolium, qui fait partie du nom scientifique, vient du latin où angustus signifie étroit et folium signifie feuille afin d'indiquer que les feuilles de l'espèce sont étroites.

Le nom Chamerion angustifolium a été adopté récemment. On trouve dans la majorité des ouvrages nord-américains le nom Epilobium angustifolium pour désigner l'espèce tandis que Chamaenerion angustifolium figure dans la plupart des ouvrages européens.

Noms français

Épilobe à feuilles étroites, antoinette, asperge, asperge des bois, bouquets rouges, épilobe à épi, épilobe des brûlés, épilobe en épi, fausse lysimaque, grande épilobe, herbe à feu, herbe des brûlis, laurier de saint Antoine, nériette, osier de saint Antoine, racine de criel, racine d'écrouelles.

Le nom « bouquets rouges », usité au Canada, a déjà été recommandé comme nom français dans une liste officielle des mauvaises herbes du Canada; cependant, ce nom est ambigu, car il peut aussi désigner l'épervière orangée (Hieracium aurantiacum L.), une autre mauvaise herbe. Par ailleurs, le nom « asperge » vient du fait que les jeunes pousses sont parfois consommées comme légume. Le nom « laurier de saint Antoine » , employé uniquement en Europe, fait sans doute allusion aux fleurs roses de la plante et à ses feuilles rappelant celles du laurier. Le laurier véritable, dont les feuilles sont employées en cuisine, est le Laurus nobilis L.

Noms anglais

Fireweed, common fireweed, perennial fireweed, narrow-leaved fireweed, great willow-herb, spiked willow-herb, rosebay willow-herb, blooming Sally, wild asparagus, purple rocket, wickup, wicopy.

Ailleurs qu'en Amérique du Nord, le nom « fireweed » peut désigner diverses autres espèces qui colonisent rapidement les brûlis.

Morphologie

Grande plante herbacée vivace, atteignant 1 à 3 m de hauteur, surmontée d'une longue grappe de fleurs très voyantes, violettes ou roses (parfois blanches), à pétales de 1 à 2 cm de longueur. Les feuilles sont alternes, lancéolées, longues de 3 à 20 cm; les nervures de la surface inférieure dessinent une réticulation caractéristique. La fleur possède quatre pétales, comme chez les onagres, qui appartiennent également à la famille des onagracées; relativement peu d'espèces végétales présentent ce nombre de pétales. Le fruit est une capsule étroite, de 5 à 8 cm de longueur, à graines nombreuses. La graine mesure 1 à 1,3 mm de longueur et est surmontée d'une touffe de poils longs qui assure sa dispersion par le vent.

Classification et répartition

Jusqu'au début des années 1990, on estimait en général que le genre épilobe se composait d'environ 170 espèces, y compris l'épilobe à feuilles étroites. Une analyse moléculaire a démontré que huit espèces, classées maintenant dans le genre Chamerion, sont bien distinctes des autres espèces qui forment maintenant le genre épilobe. Les huit espèces de Chamerion sont des herbes vivaces que l'on ne trouve que dans l'hémisphère nord et six d'entre elles ne sont indigènes qu'en Eurasie. Le Chamerion angustifolium et l'espèce apparentée C. latifolium (L.) Holub vivent dans les régions circumboréales et circumarctiques. Le Chamerion latifolium, ou épilobe à feuilles larges, est une plante plus petite à pousse basse présente sur les rives et les barres sableuses.

L'épilobe à feuilles étroites est présent dans les dix provinces et les trois territoires du Canada. Elle est également répandue aux États-Unis, sauf au Texas et dans les États du sud-est. L'espèce est circumboréale, poussant dans une bonne partie de l'Eurasie. Selon les régions, la taille de la plante et la forme des feuilles présentent des variations, qui ont motivé la description de plusieurs variétés mal définies.

En Amérique du Nord, le C. angustifolia ssp. angustifolia se caractérise par des feuilles petites à moyennes dont les nervures inférieures sont glabres, un grain de pollen à trois pores et un nombre chromosomique 2n = 36, tandis que l'C. angustifolia ssp. circumvagum Mosquin se caractérise par des feuilles petites à très grandes dont les nervures inférieures sont glabres à densément pubescentes, un grain de pollen à quatre pores et un nombre chromosomique 2n = 72. Par ailleurs, on rencontre parfois des sujets à pétales blancs.

L'espèce médicinale E. parviflorum Schreber, indigène d'Europe, a été introduite en Amérique du Nord et est bien établie dans le sud de l'Ontario.

Carte de répartition

La description de l'image suit.

L'épilobe à feuilles étroites est présent dans les dix provinces et les trois territoires du Canada. Elle est également répandue aux États-Unis, sauf au Texas et dans les États du sud-est.

Écologie

L'épilobe à feuilles étroites domine de nombreuses communautés végétales de transition. Il est commun au bord des cours d'eau, dans certains terrains élevés ainsi que dans les milieux forestiers ayant subi une coupe ou un incendie. La plante est adaptée à une colonisation rapide des milieux récemment perturbés, particulièrement en présence de beaucoup de lumière et d'un sol minéral humide mis à nu.

La plante peut tolérer beaucoup d'ombre, mais elle ne pousse bien qu'en milieu ouvert. Elle préfère les sols acides (pH allant de 3,5 à presque 7,0, le point de neutralité). L'épilobe à feuilles étroites pousse surtout dans les forêts conifériennes et mixtes, les tremblaies-parcs, les prairies et les muskegs ainsi que dans les milieux perturbés tels que les forêts et marécages ayant subi une coupe forestière ou un incendie, les terrains récemment déglacés, les zones d'avalanche, les bancs d'alluvions, les remblais de route ou de chemin de fer, les terrains vagues et les champs abandonnés.

Malgré sa capacité de coloniser les milieux perturbés, l'espèce constitue rarement une mauvaise herbe importante. Cependant, comme l'épilobe à feuilles étroites peut concurrencer les semis de conifères dans les brûlis en régénération et servir d'hôte intermédiaire à certaines rouilles des conifères, on estime qu'il peut créer des problèmes pour les aménagistes. Dans les régions nordiques, la plante a également été observée comme mauvaise herbe dans certaines cultures légumières.

La dépression de consanguinité (effet réducteur de l'autogamie sur la capacité d'adaptation) est extrême chez l'épilobe à feuilles étroites, ce qui confère une grande importance à la pollinisation croisée. Dans chaque fleur, le pollen arrive à maturité avant que le stigmate soit réceptif, ce qui prévient l'autofécondation. La pollinisation est en grande partie assurée par les abeilles, les bourdons et les papillons. Comme ces insectes se déplacent en général de bas en haut sur l'inflorescence, ils commencent par laisser du pollen sur les fleurs inférieures, dont le stigmate est réceptif mais dont les anthères ne renferment plus de pollen. Ensuite, les insectes ramassent du pollen dans les fleurs supérieures, dont les stigmates ne sont pas encore réceptifs.

Les graines, en nombre extrêmement élevé, peuvent être transportées par le vent à des centaines de kilomètres de distance. Selon une étude réalisée en Suède, jusqu'à la moitié des graines produites peuvent se disperser à plus de 100 m au-dessus du sol. L'humidité a pour effet d'augmenter le diamètre des poils, ce qui réduit la capacité des graines à se maintenir en l'air et tend à les faire redescendre dans un milieu humide ou durant une période d'humidité élevée. Ainsi, la graine obtient l'eau nécessaire à sa germination. Les graines sont dépourvues de dormance et vivent peu longtemps : il est rare qu'elles demeurent viables plus de trois ans.

En général, elles germent dès qu'elles atteignent un milieu favorable. Ainsi, les graines sont responsables de la remarquable capacité de colonisation de l'épilobe à feuilles étroites. Cependant, une fois la graine germée, la multiplication de la plante à l'intérieur d'un milieu donné se fait principalement par voie végétative, grâce au développement des rhizomes. La fragmentation du rhizome stimule même la production de pousses, comme chez le pissenlit, ce qui explique la réputation de la plante d'être très difficile à éliminer.

Comme la plupart des racines et des rhizomes sont enfouis dans le sol minéral jusqu'à cinq centimètres de profondeur, ces organes peuvent généralement résister à des incendies assez intenses. Quelques semaines après la destruction des vieilles pousses, les rhizomes se mettent activement à en produire de nouvelles. La jeune plante passe l'hiver à l'état de rosette. Les tiges aériennes de la vieille plante sont détruites par le gel, mais le rhizome peut survivre à l'hiver.

Usages médicinaux

Les Amérindiens employaient le suc de l'épilobe à feuilles étroites pour soulager les irritations de la peau et les brûlures, pratique qui a également cours en Europe. En médecine populaire européenne et nord-américaine, on utilisait l'épilobe sous forme de tisane pour soulager les troubles gastriques et respiratoires et la constipation. Ces usages peuvent être expliqués par la forte teneur en tannin (d'où les propriétés astringentes) de l'épilobe (voir ci-dessous pour la présence éventuelle de composés antiseptiques et thérapeutiques).

Wichtl (1994; voir la Bibliographie générale) présente un tour d'horizon relativement complet des usages médicinaux courants de l'épilobe en Europe, où plusieurs espèces d'Epilobium sont utilisées (E. parviflorum, E. montanum (L.), E. roseum Schreber, E. collinum C.C. Gmelin, et d'autres), et l'E. angustifolium est considéré comme un adultérant (mais avec des propriétés analogues). La plante médicinale européenne cueillie à l'état sauvage consiste surtout en des morceaux de tige, des feuilles et certains fragments de fleurs et de fruits. Elle est consommée sous forme de tisane et utilisée pour traiter les troubles bénins de la prostate et les difficultés de miction qui y sont associés. Les extraits d'épilobe ont été utilisés avec un certain succès dans le traitement de l'inflammation et de la fièvre.

Dans le cadre d'études expérimentales, il a été démontré que deux ellagitannins macrocycliques présents dans l'épilobe réduisaient l'hyperplasie bénigne de la prostate (une augmentation bénigne du volume de la prostate qui peut nuire à la miction) en supprimant les enzymes (5-a-réductase et aromatase) qui contribuent à cette hypertrophie. Une récente émission diffusée à la télévision australienne, dans laquelle on vantait les vertus de l'infusion d'épilobe (E. parviflorum) contre le cancer de la prostate, a provoqué l'épuisement des stocks locaux. Il a été démontré que les extraits d'E. angustifolium étaient capables de réduire l'enflure de l'oedème.

En 1994, une société canadienne a mis sur le marché des extraits d'épilobe ayant des propriétés médicinales. Selon le fabricant, Fytokem Products Inc. de Saskatoon, les « extraits de l'épilobe canadien sont un anti-irritant efficace et un écran solaire léger en plus d'inhiber la croissance microbienne. Ils peuvent être utilisés dans des crèmes, des lotions, des produits après-soleil et après-rasage et dans des produits pour l'hygiène de bébé ».

Toxicité

L'épilobe n'est pas considéré comme toxique.

Composition chimique

Il semble que l'épilobe contient certains composés antiseptiques. Un nouveau flavonoïde ayant de fortes propriétés anti-inflammatoires, le 3-O-b-D-glucuronide de myricétine, a été découvert dans les feuilles. Ce principe actif atteint sa concentration maximale pendant la floraison et peu de temps après. Selon la société Fytokem Products Inc., son extrait d'épilobe contient toute une gamme de dérivés de sistérols et de flavonoïdes de même qu'une forte teneur en polysaccharides (environ 50 %).

Usages non médicinaux

La description de l'image suit.
Chamerion angustifolium
(Épilobe à feuilles étroites)

Du point de vue agricole, la principale utilité de l'épilobe à feuilles étroites est sans doute sa valeur mellifère, la plante produisant une quantité appréciable de nectar utilisable par les abeilles. La plante a déjà été utilisée comme aliment par les peuples autochtones d'Amérique et d'Eurasie : les jeunes pousses étaient consommées comme légume-feuille, les feuilles étaient employées en infusion, les pétales servaient à la fabrication de gelées, et les rhizomes étaient consommés comme légume-racine.

De nombreux mammifères sauvages (l'orignal, le caribou, le wapiti, le cerf, la chèvre de montagne, le rat musqué, le lièvre, etc.) ainsi que certains oiseaux sauvages recherchent l'épilobe à feuilles étroites, qui constitue un aliment modérément nutritif et appétent. La plante est aussi consommée par le bétail, mais elle est considérée comme un fourrage à peine passable.

Par ailleurs, on emploie l'épilobe à feuilles étroites pour rétablir la végétation des milieux perturbés alpins ou nordiques, notamment le long des routes et dans les parterres de coupe. La plante permet aussi de constituer une couverture végétale sur les terrains contaminés par déversement de pétrole, les anciennes mines à ciel ouvert et les dépôts de résidus miniers. L'épilobe à feuilles étroites est parfois cultivé à des fins ornementales. On apprécie la plante pour sa facilité de culture, la beauté saisissante de ses fleurs et la couleur rouge foncé de son feuillage automnal, mais certains la détestent à cause de son pouvoir d'envahissement. Mentionnons encore un usage ancien de la plante, aujourd'hui abandonné : le duvet des graines était parfois employé, avec le coton ou la fourrure, pour la confection de certains vêtements.

Culture et potentiel commercial

En ce moment, l'épilobe à feuilles étroites est cultivé uniquement pour la stabilisation des sols. Sa valeur commerciale comme plante médicinale est encore limitée. Cependant, la popularité des produits pour la peau à base d'épilobe de la Fytokem Products Inc. montre bien qu'il suffit parfois de recherches adéquates pour construire une entreprise à partir de l'exploitation d'une plante médicinale indigène qui semblait depuis longtemps avoir perdu tout intérêt commercial.

Mythes, légendes et anecdotes

L'épilobe à feuilles étroites est la fleur emblématique du Yukon.

Le nom russe de la plante signifie « thé d'Ivan », ce qui traduit l'utilisation de la plante en infusion. On raconte que dans le Kamtchatka une bière à base d'épilobe était parfois rendue plus enivrante par l'ajout d'une quantité d'amanite tue-mouche (Amanita muscaria (L. :Fr.) Hooker). Ce champignon a déjà été utilisé comme hallucinogène, mais il est dangereux de le consommer.

Après l'éruption du mont St. Helens, au Washington, en 1980, l'épilobe à feuilles étroites s'est régénéré rapidement à partir des rhizomes ayant survécu. Une année après l'éruption, 81 % de tous les semis observés sur les lieux étaient des semis de cette espèce.

Le fruit de l'épilobe à feuilles étroites peut renfermer jusqu'à 500 graines. Une seule plante peut ainsi produire jusqu'à 80 000 graines par année.

Le rayonnement émis par les dépôts d'uranium entraînerait une fréquence relativement élevée de sujets à fleurs blanches de Chamerion angustifolium. Ce phénomène permettrait même de détecter les gisements d'uranium.

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