Le soleil est à la fois l'ami et l'ennemi des agriculteurs. Ces dernières années, il a été plutôt l'ennemi des producteurs de fruits et de légumes dans diverses régions canadiennes, y compris en Nouvelle-Écosse, causant des sécheresses et, par le fait même, des pénuries d'eau.
Ces pénuries ont obligé les agriculteurs à se tourner vers d'autres sources d'eau pour irriguer leurs cultures; les cours d'eau et les rivières étaient la solution la plus commune.
Malheureusement, des contrôles récents de la qualité de l'eau ont révélé que les eaux de surface de plusieurs régions agricoles dépassaient les niveaux établis dans les lignes directrices du Conseil canadien des ministres de l'environnement (CCME) sur les coliformes fécaux.
Selon Rob Jamieson, du Department of Process Engineering and Applied Science de l'Université Dalhousie, à Halifax, l'utilisation de cette eau pour l'arrosage des fruits et légumes qui sont consommés crus, sans avoir été adéquatement lavés, peut poser un danger pour la santé publique.
Par conséquent, explique M. Jamieson, certains agriculteurs préoccupés ont installé des systèmes de désinfection dans leurs installations et ont ajouté du chlore à l'eau d'irrigation. « Cette solution est quelque peu coûteuse et exige beaucoup plus d'efforts et d'expertise. Nous nous sommes dits qu'il existait peut-être une solution plus simple. »
En mai 2005, grâce au financement du Programme d'approvisionnement en eau Canada-Nouvelle-Écosse, M. Jamieson et une équipe de chercheurs ont commencé à étudier différentes manières de gérer les concentrations de pathogènes dans l'eau par l'entremise d'un entreposage prolongé.
« Une des solutions les plus rentables consiste à emmagasiner l'eau dans un réservoir pendant un certain temps et de laisser les organismes mourir naturellement », affirme M. Jamieson, qui mène actuellement deux études pour évaluer, selon cette méthode, à quelle vitesse les micro-organismes meurent.
L'une des expériences vise à examiner comment l'aération, couramment utilisée pour contrôler la prolifération des algues nuisibles dans les réservoirs, influe sur la résistance des microbiens.
La deuxième expérience vise l'influence des paramètres chimiques et environnementaux, comme la température et la radiation solaire, sur la survie des micro-organismes.
On a constaté que le soleil, qui avait entraîné la sécheresse au départ, aide à purifier l'eau de manière si efficace que les concentrations de pathogènes chutent à près de zéro.
À Regina, en Saskatchewan, où on réalise les mêmes expériences, Larry Braul, ingénieur principal spécialisé dans la qualité de l'eau qui travaille à l'Administration du rétablissement agricole des Prairies d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (ARAP-AAC), a indiqué que les concentrations avaient beaucoup diminué.
« Il suffit d'emmagasiner l'eau et de l'exposer au soleil; les pathogènes qui s'y trouvent meurent rapidement », explique M. Braul, indiquant qu'il a parfois vu jusqu'à 99 p. 100 des pathogènes mourir en 24 heures à la suite d'une exposition directe. On atteint un résultat de 99,9 p. 100 de réduction si on utilise aussi l'aération.
« C'est phénoménal », s'exclame M. Braul, ajoutant que les chercheurs de la Nouvelle-Écosse et de la Saskatchewan obtiennent des résultats semblables.
Cet été, M. Jamieson et son l'équipe réaliseront des études supplémentaires sur la survie des micro-organismes. Ils élaboreront aussi un outil de modélisation informatique permettant de prédire les temps d'entreposage requis pour assurer la désinfection par entreposage naturel. Cet outil leur permettra ensuite de rédiger des documents d'information pour aider les producteurs à gérer la qualité de leur approvisionnement en eau d'irrigation par l'entremise des processus naturels d'inactivation des micro-organismes.
« Il pourrait s'agir d'une manière très rentable de s'assurer que l'eau d'irrigation ne représente pas de danger pour la santé publique », affirme M. Jamieson.
Le Programme d'approvisionnement en eau Canada-Nouvelle-Écosse est le volet provincial du Programme national d'approvisionnement en eau (PNAE), programme fédéral-provincial visant à favoriser l'établissement, l'amélioration et la protection des approvisionnements en eau agricole à l'échelle du Canada.
Pour de plus amples renseignements sur le PNAE ou son volet néo-écossais, veuillez composer le 902-896-3652, ou visiter le site Web du Programme.